2.2.4. Une domination politique


Durée estimée de cette leçon : 32-36 min


Les géants du web commencent à être reconnus non comme seules entités économiques, mais comme puissances politiques, au même titre que le pouvoir exécutif d'une nation. Jusqu'à récemment, ces entreprises prenaient soin de s'afficher apolitiques, pour des raisons commerciales évidentes. Jusqu’à très récemment, les GAFAM ne parlaient ni de religion, ni de sexe, ni de politique, et cultivaient une « neutralité » assumée – quitte à s’arranger avec les pratiques de censures des régimes dictatoriaux. Leurs prises de position concernaient avant tout leurs intérêts premiers, dans une démarche de lobbying traditionnelle. Ainsi, l'engagement des GAFAM en faveur d’une politique d’immigration plus souple est loin d’être nouvelle : ces entreprises recrutent énormément d’étrangers et les restrictions américaines leur ont toujours compliqué la tâche.

Mais depuis plusieurs années, ces entreprises multiplient les prises de position politiques et publiques. Aujourd’hui, les propos sont plus concrets, concernent des sujets d’actualité brûlants dans lesquels la technologie n’a pas directement de rôle à jouer. Une manière pour ces géants de se façonner une image d’organisations modernes au grand cœur, avec des prises de position progressistes. Et de faire oublier au passage que leur pouvoir repose sur l’exploitation de nos données personnelles.

Ainsi, dans un message adressé au président américain le 31 mai 2017, Google, Apple, Facebook et Microsoft ont plaidé pour que les États-Unis ne sortent pas de l’accord de Paris. Quelques jours plus tôt, les mêmes, accompagnés entre autres d’Amazon et d’IBM, interpellaient publiquement le gouverneur du Texas pour lui demander de renoncer à un projet de loi empêchant les étudiants transgenres d’utiliser les toilettes de leur choix.

Des dépenses en actions de lobbying toujours plus élevées

Les grandes entreprises de la tech n'ont jamais dépensé autant d'argent pour faire du lobbying, les champions toutes catégories en la matière étant désormais Amazon et Meta. Ainsi, en 2021, le media The Hill révèle que Amazon aurait déboursé au total 20,3 millions de dollars, Meta 20,1 millions de dollars, Microsoft 10,2 millions de dollars, Google 9,6 millions de dollars et Apple 6,5 millions de dollars pour tenter de faire pression sur les législateurs afin qu’ils abandonnent des projets de loi visant à réduire leur pouvoir.

Rappelons que les actions de lobbying ont pour objectif premier d'influencer et de peser sur les décisions publiques ou politiques prises dans les cabinets ministériels, au sommet des appareils d’État, dans les assemblées nationales ou les instances internationales. Et ceci, afin de faire que ces dernières puissent coïncider avec les attendus stratégiques que déploient les firmes concernées, qui cherchent évidemment à peser toujours plus commercialement. Chacune a donc ses propres objectifs stratégiques à faire valoir, qu'il s'agisse de faire plier dans un sens ou dans l'autre les législations nationales en vigueur sur la vie privée des internautes, l’usage des drones, l’avenir des véhicules autonomes, le déploiement des taxes antipollution, etc...


Les GAFAM étant devenus monopolistiques par nature, les lois antitrust américaines sont une menace évidente pour eux et donc contre lesquelles elles font du lobbying. L'adoption du Règlement général à la protection des données à caractère personnel (RGPD) en Europe en mai 2018 a fait l’objet de la plus violente campagne de lobbying américaine jamais connue. 4 000 amendements ont été déposés. Un taux record dans toute l’histoire de la législation européenne. Toute la Silicon Valley est venue au Parlement européen pour faire valoir ses revendications. En effet, il n’était pas dans l’intérêt de ces grandes entreprises, qui collectent massivement des datas, de se voir imposer des règles et encore moins d’encourir des sanctions. Des documents internes à Facebook, révélés le 3 mars 2019 par le Guardian et Computer Weekly ont d'ailleurs montré que le réseau social a œuvré auprès de l'Union européenne pour limiter les conséquences sur son business de ce texte de protection de la vie privée.

De plus, selon une vaste enquête publiée en juillet 2017 dans le Wall Street Journal, il est apparu que Google sponsorise en direct de très nombreuses publications de spécialistes-chercheurs. Et ceci, plus spécifiquement dans des domaines connexes à ses activités prioritaires, à l’image du droit de la concurrence ou des problématiques liées à l’usage des données personnelles... Toutefois, le Wall Street Journal fait également mention de plusieurs cas spécifiques où ce soutien possiblement générateur de conflit d’intérêts, n’est que très rarement mentionné dans les travaux. Le quotidien constate de surcroît que des chercheurs font relire leurs billets avant publication à des cadres de la firme californienne. Les actions d’influence de Google ne se limitent pas au seul secteur de la recherche. Le groupe emploie aussi de très nombreux lobbyistes, chargés de promouvoir ses intérêts auprès d’administrations d’États et d’élus à Bruxelles, à Paris comme à Washington.

L'organisation à but non lucratif Open Secrets - Following the money in politics, premier groupe de recherche à suivre les flux d'argent dans la politique des Etats-Unis et leur effet sur les élections et les politiques publiques, met en évidence les dépenses de lobbying des grandes entreprises. En 2023, Amazon arrive en septième place des organisations engageant le plus de dépenses de lobbying au sein du Congrès américain avec 19,86 millions de dollars dépensés (pour 131 lobbyistes) ; Meta en neuvième place avec 19,3 millions de dollars dépensés (pour 71 lobbyistes) ; Aphabet en seixième place avec 14,45 millions de dollars (pour 86 lobbyistes).

ByteDance, la société mère de TikTok, ainsi que la plateforme elle-même, ont investi conjointement plus de 7 millions de dollars en lobbying auprès du Congrès américain et en publicité dans des États clés depuis le début de l’année 2024. Ces efforts interviennent alors que le gouvernement américain fait pression sur l’entreprise technologique chinoise pour qu’elle cède TikTok ou qu’elle soit interdite.

Retour sur le scandale //Cambridge Analytica//

ou comment les données personnelles sont exploitées pour manipuler la démocratie

Cambridge Analytica (CA) était une société privée de communication stratégique combinant des outils d’exploration et d’analyse des données, créée en 2013 et basée à New York, Washington et Londres. La société est reconnue comme étant liée au Parti républicain américain : elle était engagée en 2015 dans la campagne présidentielle de Ted Cruz puis dans la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016. La société est principalement financée par la famille du milliardaire Robert Mercer, connu pour ses soutiens financiers massifs à des campagnes politiques conservatrices. Son objectif est de récolter des informations sur les électeurs afin de savoir comment les influencer. La firme met ses bases de données au service de partis politiques — en échange d’une rémunération évidemment — afin que ces derniers puissent optimiser l’efficacité de leurs campagnes de communication.

Logo de Facebook et de Cambridge Analytica • Crédits : Chesnot - Getty


En juin 2013, la firme britannique Strategic Communication Laboratories (SCL), maison-mère de Cambridge Analytica (CA), société privée de communication stratégique, voulait se lancer dans la campagne présidentielle américaine et plus précisément analyser les données privées des électeurs pour pouvoir par la suite influencer leur vote. Pour développer son projet, la compagnie a fait appel à un chercheur en psychologie à l’université de Cambridge, Aleksandr Kogan, qui maîtrise ce domaine. Ce dernier a mis alors en place une application Facebook, nommée «thisisyourdigitallife» (« c’est votre vie numérique »). Elle s’affichait sur le réseau social comme «une application de recherche utilisée par des psychologues». L’application proposait de payer des utilisateurs pour remplir des tests de personnalité.

Sans le savoir, les utilisateurs de l’application (qui devaient être inscrits sur les listes électorales états-uniennes), en répondant à un questionnaire, transmettaient en réalité des informations personnelles telles que le contenu qu’ils avaient apprécié ou la ville mentionnée sur leur profil. Au total, 270 000 électeurs américains ont téléchargé l’application. Après avoir récolté un certain nombre de données, Aleksandr Kogan les a transmises à SCL et CA. Il est donc reproché à Cambridge Analytica d’avoir vendu ces données obtenues de manière illicite. Pis encore, le formulaire en question exploitait un paramètre de Facebook — supprimé depuis 2014 — permettant de récolter des informations personnelles des amis des participants, quand bien même ils n’avaient pas participé au sondage. D'où le nombre de 87 millions de personnes concernées dont près de 210 000 français.

En juillet 2015, l'implication de Cambridge Analytica dans les primaires présidentielles du Parti républicain américain de 2016 est dévoilée. En décembre 2015, le journal The Guardian rapporte que l'homme politique américain Ted Cruz a utilisé les données de CA, les personnes visées ignorant que des sociétés exploitaient ces informations. En mars 2018, The New York Times, The Guardian et Channel 4 News rapportent plus de détails sur la fuite de données grâce aux révélations de l'ancien salarié de Cambridge Analytica, Christopher Wylie, qui a fourni des éclaircissements sur la taille de la fuite, la nature des données personnelles et les échanges entre Facebook, Cambridge Analytica et des personnalités politiques qui avaient retenu les services de CA dans le but d'influencer les intentions de votes. Christopher Wylie accuse l’entreprise britannique d’avoir utilisé les données de millions d’individus pour manipuler les élections et construire « l’alt-right » (l’extrême-droite américaine) aux USA. Selon lui, Steve Bannon, ex-directeur de campagne de Donald Trump et patron du site d’ultra-droite BreitBart, a joué un rôle essentiel au sein de Cambridge Analytica puisqu'il en était son vice-président au début. En siphonnant les données de millions d’utilisateurs, Cambridge Analytica a ainsi permis à l’équipe de Donald Trump de mieux cibler les électeurs pendant la campagne qui l’opposait à la Démocrate Hillary Clinton. Autrement dit, l’actuel président étasunien aurait bénéficié d’un avantage indu puisque lesdites données utilisateurs n’ont pas été correctement collectées.



Le lanceur d’alerte Christopher Wylie affirme aussi en mars 2018 dans un entretien accordé à plusieurs journaux européens, dont Libération, que la société Cambridge Analytica a joué un rôle crucial dans le vote en faveur du Brexit qui s’est joué à moins de 2% des votes. Cambridge Analytica a admis avoir travaillé avec le groupe de campagne « Leave.EU », le plus radical des partis pro-Brexit. L'entreprise canadienne AggregateIQ (AIQ), liée à Cambridge Analytica, a travaillé avec cette dernière afin de promouvoir la campagne en faveur de la sortie de l'Union européenne. Ainsi Leave.EU aurait contourné son plafond de dépenses en dépensant « près d'un million de livres pour cibler » les électeurs. La première étape de l’implication de la firme dans la campagne du Brexit a été la collecte de données par l’entremise de réseaux sociaux, notamment Facebook. Selon Andy Wigmore, directeur des communications de la campagne Leave.EU, Facebook était la clé de leur tactique. La méthode privilégiée était de propager des images et des messages pouvant engendrer des émotions négatives, par exemple une horde d’immigrants entrant dans le pays provoquant du mécontentement pour certains types de personnes. Grâce aux données recueillies sur Facebook, il était possible de cibler les gens les plus susceptibles d’être convaincus par ce genre de messages. La méthode qui a été utilisée est la domination de l’information qui s’est faite notamment avec des rumeurs, de fausses nouvelles ou de la désinformation.

Après que cette affaire a éclaté, Facebook a rapidement réagi en indiquant avoir suspendu l’accès au réseau social à Cambridge Analytica ainsi qu’à sa maison-mère, Strategic Communication Laboratories (SCL). Les équipes de Facebook expliquent que l’auteur du formulaire leur a menti sur ses véritables intentions et qu’ils l’ont découvert en 2015 après lui avoir accordé les droits demandés. Son application avait alors été — en toute discrétion — supprimée de la plateforme. Cambridge Analytica aurait alors certifié à Facebook que toutes les données récoltées avaient été supprimées. Cette affaire est à l’origine d’un double scandale pour Facebook. Tout d’abord un scandale interne, puisqu’ont été mises au jour des pratiques douteuses de l’entreprise en matière de gestion des données personnelles de ses utilisateurs. Mais également un scandale politique, puisque lesdites données ont par la suite pu être utilisées pour influencer des élections.

La réponse officielle de Facebook n’a pas suffi à lui éviter des critiques de la part des autorités dans plusieurs pays. Ainsi, le Parlement britannique a lancé plusieurs auditions d'anciens employés de la société Cambridge Analytica et a réclamé l’audition de Mark Zuckerberg pour s’expliquer sur ses relations avec Cambridge Analytica, cependant le PDG de Facebook a décliné. L'ICO, le régulateur britannique de la protection des données, a ouvert une enquête dans la foulée afin de faire la lumière sur d'éventuelles interférences avant le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE de juin 2016. L'ICO a annoncé dans un communiqué en octobre 2019 avoir trouvé un accord avec Facebook,qui met fin à leur bataille en justice. Facebook a accepté de payer une amende de près de 580 000 € au Royaume-Uni.

Une enquête de la Federal Trade Commission (FTC), l'équivalent de l'autorité de la concurrence américaine, a cherché à déterminer si Facebook avait enfreint un accord à l'amiable de 2011 dans lequel il s'engageait déjà au respect des données personnelles et à la transparence concernant leur utilisation. Cette enquête a été ouverte suite au scandale Cambridge Analytica et concernait des allégations selon lesquelles Facebook aurait partagé de manière inappropriée des informations appartenant à 87 millions d'utilisateurs avec la société de conseil politique britannique Cambridge Analytica. En juillet 2019, Facebook a annoncé avoir accepté de régler l'amende record de 5 milliards de dollars infligée par la FTC pour des manquements dans la protection des données personnelles de ses utilisateurs et a accepté de mettre en place certains changements de gouvernance.

Le lanceur d'alerte Edward Snowden a accusé le réseau social d'être «une société de surveillance» qui gagne de l'argent en vendant les données privées de ses utilisateurs. « Facebook gagne de l'argent en exploitant et en vendant des détails intimes sur la vie privée de millions de personnes, bien au-delà des rares détails que vous publiez volontairement », a écrit Edward Snowden sur Twitter. « Ce ne sont pas des victimes, ce sont des complices. »

Début mai 2018, la société Cambridge Analytica annonce fermer ses portes et déclarer faillite. Cependant, presque tous les membres fondateurs se regroupent dans une autre société, Emerdata, qui a été fondée par la même société-mère mais qui a survécu à la disparition de cette dernière. Emerdata a récupéré les algorithmes et les bases de données de Cambridge Analytica, sans préciser ce qu'elle comptait en faire.

En juillet 2019, Netflix diffuse The Great Hack, un documentaire de deux heures réalisé par Jehan Noujaim et Karim Amer qui permet de mieux comprendre la façon dont les événements se sont imbriqués, et ainsi de cerner plus précisément les répercussions de l’affaire Cambridge Analytica.

>>>> Insertion vidéo : https://peertube.iriseden.eu/w/756d1317-1a80-489f-ba23-247dd9b2c5f6

Des mécanismes pour influer sur l'opinion politique des internautes

Pouvoir de filtrage et de censure, les géants du web nourrissent les opinions politiques des internautes. Ils « ont un pouvoir politique très important qui est lié à leur situation sur le marché de l'information, ce qui leur permet de trier les informations, de rendre visibles certaines informations et invisibles d'autres », analyse le professeur en sciences de l'information et de la communication Romain Badouard. Dans cet entretien pour France Info, il nous explique comment tout cela fonctionne.


Lien vers: https://www.franceinfo.fr/internet/reseaux-sociaux/twitter/reseaux-sociaux-et-gafa-l-engagement-politique-sous-influence_3190373.html

Comprendre les bulles de filtre

Conceptualisées par Eli Pariser en 2011, les bulles de filtres (Filter Bubbles) théorisent l’impact que la sur-personnalisation des contenus par les algorithmes sur les réseaux sociaux peut générer sur l’internaute, l’enfermant dans une sorte de bulle d’isolement intellectuel et informationnel. Les bulles de filtre sont un moyen de trier l'information qui vient à l'internaute en fonction de ses pratiques passées. Les recherches personnalisées agissent comme des filtres cloisonnant notre perception du monde. Les traces laissées par d'anciens clics vont nourrir l'algorithme du moteur de recherche, du site de e-commerce ou du réseau social. Ce procédé conforte donc l'individu dans son opinion puisqu'il n'accède qu'à du contenu qu'il a potentiellement approuvé.


Lien vers: https://yewtu.be/watch?v=WIBCM4afSR0

La bulle de filtre est donc un espace dans lequel seul le contenu que nous sommes habitués de voir peut entrer. Un endroit où nous ne voyons que des opinions des informations et du contenu qui vont dans le même sens que nous et où le reste est difficile à trouver. Ceci peut rapidement devenir un problème pour les utilisateurs puisqu’il n’est pas toujours facile de se rendre compte de ce phénomène. Surtout remarqué dans la sphère politique, ce problème peut en aggraver d’autres comme celui de la polarisation. Un phénomène dans lequel deux personnes peuvent être dans deux bulles de filtres complètement différentes tellement longtemps qu’ils auront énormément de difficulté à comprendre le point de vue de l’autre et même parfois à simplement savoir qu’il existe.

Les algorithmes sont ainsi utilisés pour amasser le plus de données possibles sur ce que vous aimez afin de vous proposer le même type de contenu. Ainsi, vous passez plus de temps sur ce site puisqu’il propose énormément de contenu qui vous plaît. Plus vous likez des commentaires de droite, et moins vous aurez des contenus de gauche. Moins vous aurez des contenus de gauche et plus vous vous renforcerez dans vos positions de droite. Par exemple, les éléments extrêmes dans un groupe Facebook poussent la majorité à penser comme eux, faute de contradiction. Les publications jouant sur les émotions sont bien plus virales et se propagent bien plus vite sur le web. Le débat n’est plus possible, l’opposition d’idées devient un discours de sourds campant sur leurs idéaux renforcés par les bulles de filtres.

Les bulles de filtres ont permis à un concept médiatique bien connu, les chambres d’écho, de se multiplier. Dans une chambre d’écho, les opinions opposées à celles de la majorité sont peu diffusées et, lorsqu’elles le sont, sont souvent la cible d’attaques discriminatoires de la part de cette même majorité. Certains journaux et médias n’ont pas attendus l’avènement des réseaux sociaux pour jouer le rôle de chambre d’écho. Le concept a été popularisé à la fin des années 1990. Mais désormais, les chambres d’écho médiatiques sont propulsées et démultipliées à cause des bulles de filtres que les algorithmes créent par raison économique.

Cependant, cette théorie des bulles de filtre est aussi questionnée. C'est ce que nous expose Xavier Delaporte dans sa chronique La fenêtre de la porte du 14 janvier 2020.


Lien vers: https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-fenetre-de-la-porte/les-bulles-de-filtres-est-ce-vraiment-la-faute-d-internet-7658608

Comprendre l'astroturfing

L’stroturfing désigne le fait de donner l’impression d’un phénomène de masse qui émerge sur internet, en réalité créé de toutes pièces pour influencer l’opinion publique. C'est donc la simulation d'une activité ou d'une initiative qui serait issue du peuple, en réalité montée de toutes pièces par un acteur souhaitant influer sur l'opinion. Cette technique est utilisée par certains gouvernements pour noyer une parole dissidente sous un flot d'informations. Il permet de contourner la censure, plus complexe à mettre en place.

>>> Insertion vidéo

Selon Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences Po Paris, « L'astroturfing englobe l'ensemble des techniques – manuelles ou algorithmiques – permettant de simuler l'activité d'une foule dans un réseau social. On peut commencer à parler d'astroturfing quand plusieurs personnes interagissent de concert et sans dévoiler leur connivence dans un même fil de discussion, pour tromper ceux qui ne sont pas dans le secret. Mais l'astroturfing implique le plus souvent des identités créées de toutes pièces, destinées à mettre en scène des phénomènes de foule dans un environnement tel que Facebook, de façon à influencer la perception des utilisateurs de la plateforme ou à donner plus de visibilité à un sujet, en fabriquant de façon artificielle sa popularité. »

Nombreux sont les Etats à pratiquer l'astroturfing dans le but d'influencer l'opinion publique. La Chine est célèbre pour sa « water army », une véritable armée de plus de 280 000 fonctionnaires, qui passe son temps à diffuser les messages du gouvernement sur les réseaux sociaux. La Corée du Sud également, a par exemple lourdement influencé l'opinion publique lors des présidentielles de 2012 avec une vaste opération de diffamation du candidat de l'opposition, orchestrée à travers un vaste réseau de faux comptes sur Twitter, opéré par les services secrets.


Pour aller plus loin :



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