2.4 Comprendre l'uberisation de l'économie
Durée estimée de cette leçon : 9-12 min
L'uberisation (ou ubérisation), du nom de l'entreprise Uber, est un phénomène récent dans le domaine de l'économie, consistant en l'utilisation de services permettant aux professionnels et aux clients de se mettre en contact direct, de manière quasi instantanée, grâce à l'utilisation des nouvelles technologies. Les caractéristiques de ce service sont en premier lieu les gains financiers importants liés à l'évitement des contraintes réglementaires et législatives de la concurrence classique (l'acquisition d'une licence de taxi dans le cadre d'Uber), mais aussi la quasi-instantanéité, la mutualisation de ressources et la faible part d'infrastructure lourde (bureaux, services supports, etc.) dans le coût du service, ainsi que la maîtrise des outils numériques.

Ce nouveau modèle économique est celui de l’intermédiation, anglicisme désignant la présence et le rôle d'un intermédiaire dans le cadre d'une transaction à caractère économique, financier ou commercial. Souvent synonyme de précarisation, l’uberisation est aussi le début d’une nouvelle économie marquant la fin de certains monopoles ne se limitant plus au secteur des transports. Le terme est souvent utilisé à tort pour parler d’économie collaborative (qui ne s’arrête pas à la simple intermédiation). Après les domaines pionniers de l'hôtellerie (Airbnb, Booking.com) et des transports de personnes (Uber, Blablacar, Drivy), c'est par exemple le cas des petits travaux de rénovation et du dépannage ou du « service à la personne ». L’uberisation est un phénomène prenant tellement d'importance qu'il commence même à toucher les secteurs économiques les plus traditionnels, et réputés intouchables, comme le secteur du droit, où certaines plateformes comme Cma-Justice proposent la mise en relation entre avocats et justiciables. L’uberisation de l'économie est sujette à controverses. En effet, beaucoup de compagnies sont montées en flèche grâce à cette nouvelle forme d’économie et ont presque entièrement remplacé les entreprises traditionnellement présentes sur le marché.
Le fonctionnement d'un service ubérisé comprend généralement des éléments communs caractéristiques :
- plateforme numérique de mise en relation entre client et prestataire ;
- réactivité maximisée par la mise en relation immédiate du client et du prestataire, par proximité géographique ;
- paiement du client à la plateforme qui prélève une commission ;
- paiement du prestataire par la plateforme ;
- évaluation croisée du service : le client évalue le service reçu et le prestataire évalue le client.
Le service étant effectué par des travailleurs indépendants par l'intermédiaire d'une plateforme numérique (place de marché), il ne s'agit donc pas d'une relation employeur / employé mais d'une relation client / fournisseur. Ce type de pratique interroge le droit du travail en France en faisant apparaître une zone grise entre le travailleur salarié et le travailleur indépendant. En effet, le statut de travailleur indépendant, et notamment avec le régime simplifié du micro-entrepreneur (anciennement auto-entrepreneur), devient la norme. Le droit du travail traditionnel ne s'applique donc pas. Le professionnel doit donc gérer lui-même ses affiliations aux régimes de protection sociale et de prévoyance ainsi que les questions fiscales (TVA, impôts...) et de réglementation.
Le lien salarial est un lien fort, impliquant une certaine responsabilité de l’entreprise pour les actes de son salarié. Le salariat implique également un partage des risques de l’activité entre le salarié et l’entreprise. Dans le système uberisé, le donneur d’ordre partage les bénéfices mais peu les risques. Chez Uber par exemple, la voiture est la propriété du conducteur qui doit l’assurer en son nom propre. En cas d’accident, l’entreprise ne participera aucunement aux frais de réparation. À l'inverse, l'exécutant n'est plus obligé de travailler pour un seul employeur. Il peut tirer une partie de sa subsistance de chaque employeur pour lequel il travaille : on parle ainsi d'une mercenarisation de l'économie. Ainsi, le loueur d’Airbnb possède des caractéristiques qui le rapprochent du travailleur indépendant : il peut choisir librement ses horaires, son contrat ne lui interdit pas de travailler avec d’autres plateformes concurrentes et il est propriétaire de son outil de travail. Cependant, il n’est pas exactement indépendant car il est soumis financièrement à la plateforme Airbnb.
L'uberisation de l'économie entraîne d'une part une individualisation de l'activité, d'autre part la pluriactivité (fait d'avoir plusieurs activités, ou un emploi salarié et un autre indépendant).
En septembre 2015, un sondage Tilder-LCI-OpinionWay mettait en évidence que les français étaient assez inquiets de l'impact de cette uberisation sur leurs métiers. Ainsi plus de 10 % des sondés considéraient que le fait que leur métier actuel ou l'un de ceux qu'ils avaient exercés pourrait être ubérisé représentait une menace très importante.

Pour aller plus loin :
- brochure Plateformisation 2027 : Conséquences de l’ubérisation en santé et sécurité au travail par l'INRS (février 2019)
- reportage Au secours mon patron est un algorithme (in Cash Investigation, septembre 2019)
- émission Comment les GAFA ont bouleversé le travail (in Cultures Monde / France Culture, 18/12/2019)
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