1.4 Et les réseaux sociaux ?


Durée estimée de cette leçon : 21-23 min


1.4.1. Réseaux sociaux et médias sociaux ? De quoi parle-t-on ?

Très souvent dans le langage commun on entend les termes « réseaux sociaux » ou « médias sociaux ». Employées souvent indifféremment l’une de l’autre, ces deux expressions n’ont pourtant pas exactement la même signification. Si les deux expressions semblent proches, il existe quelques nuances qui les différencient. Une confusion qui s’explique par le fait que les réseaux sociaux sont une sous-catégorie des médias sociaux. Avant d’entrer dans les détails, nous pouvons résumer les choses ainsi : le média social est basé sur la communication. Il permet de publier des contenus et de générer de l’engagement pour que les internautes parlent de vous. Le réseau social a, lui, pour objectif de mettre en relation les internautes entre eux afin de créer des communautés.



À l’origine, un média est un support de diffusion massive de l’information (presse écrite, radio ou encore télévision). Par conséquent, le média social a pour finalité première de diffuser des messages. Sa particularité réside dans la nature de l’intermédiaire : tout le monde peut participer et jouer à la fois le rôle de cible et de diffuseur. Ainsi, la conversation entre le média et le récepteur n’est plus à sens unique. Autre différence, le média social se distingue par son caractère participatif, partagé et personnalisé. Ainsi un média social est une plateforme sur le web qui permet à ses utilisateurs de créer du contenu, de l’organiser, le modifier et le commenter. Les médias sociaux rassemblent donc une nébuleuse de sites, d’applications ou de fonctionnalités liés au développement d’interactions conversationnelles et sociales entre les internautes, avec une réciprocité plus ou moins forte.

Comme nous l'indique Mélodie Moulin dans l'article Réseaux sociaux ou médias sociaux : quelles différences ?, "pour être définie comme média social, une plateforme doit répondre à trois conditions principales : permettre l’interaction sociale, utiliser des technologies récentes, permettre la création de contenus de haut niveau".

Le réseau social est une des catégories des médias sociaux. Tandis que ces derniers ont pour fondement le contenu, le réseau social a pour raison d’être la création de communautés et l’interaction entre les personnes (la mise en relation des utilisateurs entre eux). Les réseaux sociaux, pour favoriser l’interaction entre utilisateurs, proposent un ensemble de fonctionnalités qui permettent de les identifier :

  • Un espace de présentation que l’utilisateur s’approprie. Il y précise son profil, y publie des éléments variant d’un site à l’autre : publications éditoriales, photographies, vidéos, articles, liens…
  • Un outil de recherche pour identifier des membres partageant des zones d’interaction (passions, vie professionnelle, cursus scolaire, liens familiaux…) et élargir ses réseaux.
  • Des solutions pour échanger et partager avec la communauté, comme par exemple une messagerie interne, ou encore la possibilité de commenter ou d’aimer une publication.
  • Des outils collaboratifs élargissent souvent les possibilités d’interaction entre les membres d’un même réseau social. Des groupes permettent par exemple d’échanger sur un sujet commun, de construire un débat, tandis que les pages peuvent fédérer autour d’un projet.

1.4.2. Panorama des médias sociaux

Fred Cavazza, spécialiste des usages numériques, réalise chaque année un panorama des médias sociaux :

Social Media Landscape 2024

On peut ainsi identifier plusieurs catégories de médias sociaux :

  • Les médias sociaux de publication comprennent notamment les blogs et sites participatifs comme les wikis. Ils touchent généralement une communauté de lecteurs étendue.

  • Les médias sociaux de partage rassemblent de nombreux médias sociaux de contenu. Ils ont pour vocation de proposer un contenu destiné à être partagé par la communauté. On trouvera ainsi des médias sociaux dédiés au partage d'images, de photos, de musique ou de vidéos.

  • Les médias sociaux de réseautage sont surtout représentés par les réseaux sociaux de contact. Les internautes qui s’y connectent souhaitent interagir directement avec d’autres utilisateurs, et élargir leurs cercles de connaissances selon des objectifs personnels ou professionnels. On peut les classer en 6 catégories : les réseaux sociaux généralistes, les réseaux sociaux professionnels, les réseaux sociaux d'entreprise, les réseaux sociaux locaux, les réseaux sociaux académiques et les réseaux sociaux de rencontre.

  • Les médias sociaux de discussion comptent notamment dans leurs rangs les forums de discussions et les messageries instantanées. Les conversations s’organisent généralement autour d’affinités personnelles ou à des fins professionnelles.

Au centre de ce panorama, TikTok est entouré des différents services proposés par Meta (Facebook, Instagram, Threads, Groups, WhatsApp, Messenger, Horizon et Workplace) et des dix plus grandes plateformes sociales (WordPress, Twitter/X, YouTube, Twitch, Pinterest, Snapchat, Telegram, Slack, Teams et LinkedIn). En effet, TikTok est littéralement devenu le centre de gravité des médias sociaux : le service attire toutes les convoitises, celui que les uns essayent de copier et les autres de fermer.

Avec TikTok, nous avons atteint le pic de ce que la dynamique sociale peut délivrer : des dizaines de millions de micro-vidéos publiées par des inconnus dans le monde entier, soigneusement filtrées et ciblées en fonction de votre profil et de vos goûts (ce que vous avez apprécié, partagé ou tout simplement regardé). Dans cette configuration, l’important n’est pas qui vous êtes, mais ce que vous partagez, la quantité l’emportant largement sur la qualité, car dans ces dizaines de millions de micro-vidéos, il y en a forcément deux ou trois qui vont vous plaire.

Les médias sociaux touchent toutes les tranches d’âge dans toutes les régions du monde. Ainsi, d’après le dernier rapport de We are social (April Global Snapshot), il y a, en 2024, plus de 5 milliards d’utilisateurs.

graphique Social Media Use Over Time

Et même si aucune plateforme ne regroupe tous ces utilisateurs, il est bon de se rappeler que certaines d'entre elles (Facebook, YouTube, Instagram et WhatsApp) en revendiquent plus de 2 milliards.

Et pourtant, les médias spécialisés annoncent de plus en plus la fin des réseaux sociaux. Le 30 décembre, Wired décrivait 2023 comme "l'année où l'Internet millennial est mort". En octobre, le New Yorker nous expliquait, en se rappelant du bon vieux temps, pourquoi "Internet a cessé d'être fun" (spoiler alert: l'article décrit essentiellement le destin des réseaux sociaux, ce qui n'a pas grand chose à voir avec "Internet"). En avril, Ellis Hamburger promettait, après sept ans passés chez Snapchat, que "les réseaux sociaux sont destinés à mourir". Même son de cloche chez l'éditorialiste Ed Zitron, qui affirmait en février que "les réseaux sociaux sont en train de mourir", tandis que la LA Times balançait la même prophétieen août. La publicité omniprésente, l'exacerbation des tensions politique, la culture du clash perpétuel et la sensation de burn-out informationnel ont sans doute précipité la chute des grandes plateformes sociales.

Ces annonces partent d'un constat simple : plus le temps passe, plus le web social, né autour de 2005, devient "merdique" (référence au concept d'enshittification développé par le penseur technocritique Cory Doctorow). Ce principe postule que "premièrement, [les plateformes] séduisent leurs utilisateurs ; ensuite, elles les exploitent au profit de leurs clients ; pour finir, elles exploitent leurs clients pour récupérer toute la valeur produite. Enfin, elles meurent." Doctorow explicite l'idée que la détérioration des services offerts par le capitalisme de plateforme n'est pas circonstancielle mais structurelle, inhérente au modèle lui-même, qui n'a jamais été conçu pour durer mais pour capter un maximum de valeur en un minimum de temps quitte à tout détruire sur son passage.

1.4.3. Qu'est-ce qu'une plateforme ?

Le terme de « plateforme » est communément utilisé pour désigner, à la fois, les places de marché, les réseaux sociaux, les moteurs de recherche, les sites collaboratifs et de rencontres, les comparateurs et les applications mobiles. Il n'est donc pas évident de s'y retrouver.

Le Conseil national du numérique s’est saisi de la question dans un rapport consacré à la neutralité des plateformes publié en mai 2014 : « une plateforme est un service occupant une fonction d’intermédiaire dans l’accès aux informations, contenus, services ou biens édités ou fournis par des tiers. Au-delà de sa seule interface technique, elle organise et hiérarchise les contenus en vue de leur présentation et leur mise en relation aux utilisateurs finaux. À cette caractéristique commune s’ajoute parfois une dimension écosystémique caractérisée par des relations entre services convergents. »

schéma de présentation des plateformes

Par extension, la plateforme du domaine numérique est devenue cette expression pratique désignant tout lieu d'échanges où se rencontrent l'offre et la demande de façon dématérialisée. Ainsi, à la différence des sites web, les plateformes animent et valorisent des contenus ou des services qu’elles ne créent pas.C’est une notion très large qui peut donc recouvrer des interprétations diverses mais au cœur de la notion réside le principe de l’intermédiation entre d'une part un producteur ou un vendeur et d’autre part un utilisateur d’Internet, qu’il s'agisse d'un usager ou d'un consommateur. L'intermédiation peut porter sur des produits ou sur de l'immatériel.

De natures très variées, les plateformes rassemblent autour d’un service une très grande communauté d’utilisateurs et utilisatrices attiré⋅es par la qualité de ce service au cœur de la plateforme : moteur de recherche, espace de vente, smartphone, réseau social, encyclopédie, messagerie ouverte, etc. On parle alors d’écosystèmes.

Le Conseil d’État s’est également penché sur cette notion controversée dans une étude annuelle portant sur le numérique et les droits fondamentaux publiée en septembre 2014. Selon ce rapport, « les acteurs offrant des services de classement ou de référencement de contenus, biens ou services mis en ligne par des tiers » devraient être soumis à une qualification juridique distincte de celle d’hébergeur ou d’éditeur, celle de plateforme.

En octobre 2016, la loi pour une République numérique a franchi un nouveau cap en instaurant au sein de l’article 49 une définition des opérateurs de plateforme en ligne.

« Est qualifiée d’opérateur de plateforme en ligne toute personne physique ou morale proposant, à titre professionnel, de manière rémunérée ou non, un service de communication au public en ligne reposant sur :
« 1° Le classement ou le référencement, au moyen d’algorithmes informatiques, de contenus, de biens ou de services proposés ou mis en ligne par des tiers ;
« 2° Ou la mise en relation de plusieurs parties en vue de la vente d’un bien, de la fourniture d’un service ou de l’échange ou du partage d’un contenu, d’un bien ou d’un service » (3).

Dans son ouvrage Capitalisme de plateforme : l'hégémonie de l'économie numérique, Nick Srnicek distingue 5 catégories de plateformes :
  • la plateforme publicitaire (type Google ou Facebook qui consiste à extraire de l’information pour vendre de l’espace publicitaire),
  • la plateforme nuagique (type Amazon Web Services… qui loue de l’équipement à la demande),
  • la plateforme industrielle (comme celles développées par GE ou Siemens… qui visent à transformer la production industrielle en processus produisant des données),
  • la plateforme de produits (comme celles mises en place par Rolls Royce ou Spotify… qui transforment les produits en service sous forme de location ou d’abonnement),
  • la plateforme allégée (type Uber ou Airbnb… qui réduisent les actifs au minimum et dégagent des profits en baissant au maximum leurs coûts de fonctionnement).


Pour aller plus loin :



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