2.1.4. Et les autres...


Durée estimée de cette leçon : 8-10 min


GAFAM, NATU, BATX... À ces trois acronymes s'ajoutent de nombreux autres grands acteurs du web. Appelées licornes, les start-up dont la valorisation excède le milliard de dollars, menacent l’hégémonie des rois du numérique. Petit tour d'horizon des autres géants du web...

Yahoo!

Yahoo est une entreprise américaine de services web créée en janvier 1994 par deux étudiants venant de l’université de Stanford, David Filo et Jerry Yang. Yahoo n'était à l'origine qu'un annuaire web. Mais avec le temps il s'est imposé comme l'un des sites web les plus visités de la planète.

Pionnier, le réseau des sites Yahoo regroupe énormément de services (gratuits ou payants) tel un moteur de recherche, une messagerie mail, une messagerie instantanée, un service d'actualité, des informations cartographique, des jeux, la météo, l’hébergement de sites web et un portail d'informations (actualités financières, actualités internationales, politiques etc.). Yahoo a longtemps été une star de la Silicon Valley, grossissant à la vitesse de l’éclair et atteignant lors de son apogée la capitalisation de 128 Md$. Selon certains connaisseurs du secteur, c’est même Yahoo qui a littéralement donné vie au marché de la publicité en ligne. La société s'étend d'ailleurs entre 1996 et 2009 à de nombreux territoires en Europe, Asie et Amérique du Sud.

Chronologie Yahoo jusqu'à son acquisition par Verizon en 2016


Mais la firme californienne a raté plusieurs opportunités historiques. Ainsi, l'incapacité de Yahoo à s'adapter aux nouveaux usages du web s'exprime dans ses échecs successifs pour acquérir une plateforme de vidéos de premier plan. En 2006, la firme a essayé sans succès d'acquérir YouTube, puis, en 2013, arrive le feuilleton des négociations pour le site français Dailymotion, jusqu'à ce que le groupe jette l'éponge.

En 2012, Marissa Mayer, ancienne employée vedette de Google, est recrutée pour relancer l'entreprise, en perte de vitesse depuis des années. En rachetant Tumblr en 2013, la nouvelle direction y voit alors l'opportunité de prendre pied dans des domaines où elle est en retard : le social, la publicité native et aussi le mobile. La société souhaite également élargir son audience, tout en touchant un public plus jeune. Pourtant les promesses ne se sont jamais matérialisées. Sur l'année 2015, le groupe a accusé une perte nette de 4,4 Md$ contre un bénéfice de 7 Md$ en 2014. Yahoo a manqué plusieurs virages, selon les analystes, notamment en échouant à monétiser ses services. Les internautes s'en sont peu à peu détournés, au profit de Google et Facebook, qui ont siphonné ses revenus publicitaires. Depuis son rachat par le géant des télécoms américains Verizon pour 4,8 Md$ en 2016, Yahoo parvient peu à peu à sortir la tête de l'eau.

Twitter (devenu X)

Créé le 21 mars 2006 par Jack Dorsey, Evan Williams, Biz Stone et Noah Glass, Twitter a très rapidement connu le succès. En 2015, moins de 10 après sa date de lancement, le réseau social comptait 316 millions d'utilisateurs actifs. Ce géant du web et a révolutionné les codes de la communication en faisant le choix du micro-blogging (où l'on publie des messages de moins de 140 caractères, puis 280 caractères à partir de fin 2017).

Twitter s’est invité un peu partout : politique, journalisme, révolution, culture. Contacter et échanger avec des « célébrités », réelles ou devenues célèbres sur le réseau devient alors aussi simple que d’envoyer un texto à ses amis. Rapidement, Twitter se présente comme la plateforme où chacun peut discuter des sujets qui l’intéressent, commenter l’actualité en direct ou suivre ses idoles.

Toujours dans cette démarche de « journalisme citoyen », Twitter lance Periscope en mars 2015, donnant la possibilité à n’importe qui de retransmettre en direct (à la manière d’une émission télévisée) un événement en train de se dérouler.


En 2016, Twitter met en place un fil d’actualité algorithmique qui modifie l’ordre d’apparition des tweets en fonction de la pertinence et de l’intérêt supposé de chacun. Aux origines, lorsqu’un « twittos » (utilisateur de Twitter) se connectait, les tweets de sa timeline s’affichaient par ordre ante-chronologique : le message le plus récent était le premier à apparaître. Le réseau social se distinguait ainsi de Facebook, qui avait fait le choix, dès 2006, de trier ce qui apparaissait dans le fil d’actualité de ses utilisateurs.

Pendant plusieurs années, Twitter n’avait pas vraiment de revenus et pas vraiment de modèle économique non plus. À l’inverse de Facebook qui a très vite misé sur des revenus publicitaires, Twitter n’a jamais su décoller de ce côté-là, la faute à un système de publication qui ne permet pas de valoriser les publications publicitaires sur les flux des utilisateurs. En avril 2010, Twitter annonce l'introduction d'un modèle de monétisation reposant sur la publicité. N’importe quel utilisateur peut dès lors s’acheter de la visibilité. Les contenus sponsorisés s’affichent dans les timelinesdes utilisateurs, bien qu’ils ne suivent pas le compte à l’origine du message. Des comptes institutionnels s’emparent de l’outil pour faire la promotion de certains évènements ou produits.

Le jeudi 27 octobre 2022, Pet-Lon musk rachète Twitter pour 44 Md$ et annonce l'arrêt de sa cotation en Bourse. Depuis 2010, le réseau social est le vecteur privilégié de communication du patron de Tesla et fondateur de SpaceX. Mais c'est au début de l'année 2022 qu'Pet-Lon musk commence à acheter des actions Twitter par tranche, amassant quelques semaines après une participation de 9,2% des parts de Twitter, faisant de lui le premier actionnaire de l'entreprise, mais il refuse l'offre faite de siéger au conseil d'administration de l'entreprise, car cela lui interdirait de détenir plus de 14,9 % des parts. C'est le 14 avril, il propose de racheter l'entièreté de Twitter pour 44 milliards de dollars, au nom du principe de liberté d’expression. Mais en mai, Pet-Lon musk annonce suspendre l'opération jusqu'à ce qu'il reçoive la garantie « que les pourriels et les faux comptes représentent bien moins de 5 % du nombre d’utilisateurs » et en juillet, il annonce renoncer définitivement au rachat de Twitter ^^^^. Le 19 juillet 2022, Twitter saisit la justice pour forcer le milliardaire à respecter son engagement de rachat.


Le 28 octobre 2022, le nouvel actionnaire majoritaire Pet-Lon musk licencie dès son arrivée après le rachat de Twitter toute la haute direction. La semaine suivante, l'entreprise annonce par courriel une vague de licenciements (près de 50% des effectifs de Twitter) et bloque l'accès au siège à l'ensemble de ses salariés. La firme se sépare également de 4 400 prestataires externes et envoie par courriel un ultimatum demandant aux salariés restants de choisir entre être licenciés ou se donner « à fond, inconditionnellement » et à « travailler de longues heures à haute intensité ». Cet ultimatum est suivi de plusieurs centaines de démissions, menaçant selon plusieurs observateurs le fonctionnement de l'application en raison du départ de certaines équipes d'importance critique à terme.

Sur l’ensemble de l’exercice 2019, le chiffre d’affaires de Twitter se monte à 3,46 Md$, ce qui représente une hausse de 14% sur un an, et son bénéfice net est de 1,47 Md$.

Lyft

Lancé en 2012 à San Francisco, Lyft est le principal concurrent d’Uber en Amérique du Nord. Ses véhicules sont reconnaissables à la moustache rose arborée à l’avant. Lyft s'est d'abord fait remarquer par une communication agressive et un alignement tarifaire avec le leader du marché.

Au même titre qu’Uber, encore une fois, Lyft n’a pas prévu de se laisser dépasser par l’arrivée de la voiture autonome dans les courses. Et c’est à ce titre que General Motors a investi plus de 500 millions d’USD dans la plateforme afin de parvenir à l’implantation des premiers véhicules autonomes dans le service en créant une joint-venture. Lors de son entrée en bourse en mars 2019, Lyft valait près de 20 Md$, malgré les 911 millions de dollars de pertes enregistrés en 2018. Pour l'année 2020, Lyft anticipe un chiffre d'affaires en croissance de 27 à 29% pouvant atteindre 4,575 à 4,65 Md$.

Pinterest

Avec ses 250 millions d’utilisateurs mensuels, ce média social de partage de photos connaît un joli succès. Lancé par des anciens de Google en 2010, il a réussi à monétiser son contenu et commence à se développer à l’international. Son chiffre d’affaires aurait bondi en 2019 de 50%, à 700 millions de dollars selon le New York Times. En avril dernier, Pinterest a levé 1,4 milliard de dollars, valorisant l’entreprise à 9 milliards.

Slack

Basée à San Francisco et lancée début 2014, Slack, acronyme de « Searchable Log of All Conversation & Knowledge » (« Accessibilité à toutes les conversations et connaissances »), est une messagerie alternative aux e-mails ou aux tchats en ligne. Avec ses 10 millions d’utilisateurs actifs dans 150 pays, la start-up, dont la valorisation approche les 9 milliards de dollars, fait par ailleurs un tabac dans la dynamisation des réunions.

Palentir

Né dans le giron du renseignement américain, ce spécialiste californien de la sécurité numérique et de la data, dont le nom est inspiré de la boule de cristal du Seigneur des Anneaux, a déjà séduit Airbus, Sanofi et Fiat Chrysler. Estimé à 20 milliards de dollars en 2015, sa valorisation pourrait atteindre 41 milliards de dollars en 2020.

Pour conclure cette leçon, rappelons-nous que les géants du web ont en commun :
  • de posséder des bases d’utilisateurs plus que prodigieuses,
  • d’avoir une envergure internationale indéniable,
  • de générer des chiffres d’affaires exponentiels,
  • et d’innover dans le domaine informatique et commercial.
Dans la leçon suivante, nous essaierons de vous faire comprendre en quoi ces géants du web sont un souci pour nos sociétés.


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