2.2.2. Une domination économique
Durée estimée de cette leçon : 4-5 min
En parallèle de cette domination technique, les géants du web exercent aussi une domination économique.
En quelques années, ces entreprises sont devenues les plus grosses capitalisations boursières mondiales. Mi 2018, en terme de capitalisation financière, les GAFAM se situent aux premières places mondiales, avec une trésorerie cumulée de plus de 550 Md$, 100 Md$ de profits annuels, plus de 60 Md$ de dépenses de recherche-développement et 700 000 emplois de qualité différente. Ces géants affichent des capitalisations boursières supérieures aux PIB de nombreux pays. Les cours de bourse de ces groupes ont eu des parcours très différents mais ont tous, depuis quelques années connu une progression remarquable, notamment dans la période qui a suivi la crise des subprimes, traduisant une croissance insolente et une disruption sectorielle forte. La barre des 1 000 Md$ de valeur boursière a été atteinte trois fois : Apple en août 2018, suivi le mois suivant par Amazon et Microsoft en avril 2019. Si ce seuil reste symbolique, il témoigne de la puissance des GAFAM.

Mais plus encore, leurs trésoreries sont extrêmement importantes. Apple, Google et Microsoft détiennent un quart du cash des entreprises américaines. Apple dispose de 100 Md$ en cash, ce qui représente le PIB du Maroc. Ces sommes, pour citer la commissaire Européenne Margrethe Vestager, leur permettent de « tuer l’innovation », en leur donnant le pouvoir de racheter n’importe quelle entreprise sur la planète. Cette domination totale empêche toute compétitivité. Il est devenu impossible pour une entreprise de concurrencer ces géants sur leurs secteurs d’activités. Pire, ces derniers se diversifient et dévorent, secteur par secteur, tout ce qui s’y trouve.

Il ne nous étonnera donc pas que les marques détenues par ces géants soient en tête du classement annuel des marques internationales les plus puissantes. Ce classement, publié chaque année par le cabinet Interbrand (sur la base des performances financières, de leur rôle exercé dans les décisions d’achat des consommateurs et de leur force concurrentielle), est largement dominé par les grandes entreprises de la tech avec Apple, Microsoft et Amazon en trio de tête, suivis immédiatement par Google et Samsung.

En 2023, Apple occupe la 1 ^^re^^ position pour la 11 ^^ème^^ année consécutive, et établit un nouveau record, en devenant la première entreprise à dépasser le demi-billion de dollars de valeur (502,6 Md$).
En revanche, l es modèles économiques des géants du web ne sont pas similaires. Ainsi Google et Facebook ont développé un modèle de monétisation basé sur les revenus publicitaires (et donc l'utilisation des données personnelles) alors que le modèle économique d'Apple et de Microsoft repose en très grande partie sur les revenus générés par la vente d'appareils et de logiciels. Quant à Amazon et Alibaba, c'est la vente de produits qui est leur principale source de revenus. AirBnB et Uber vivent grâce à leur statut d'intermédiaire entre un prestataire et un client (via des commissions sur les mises en relation). Quand à Netflix, son modèle économique est basé sur l'abonnement.

Ces géants du web disposent de budgets de recherche bien plus fournis que celui du CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Selon PwC, le budget de recherche et développement annuel d’Amazon, pour 2018, s’est élevé à 20,2 milliards d’euros. Pas moins de 10.000 employés de la firme travaillent ainsi sur son assistant vocal Alexa. Et le budget d’Alphabet, la maison mère de Google, en recherche et développement est de 14,5 milliards d'euros. Ces sommes sont colossales, comparées au budget annuel du CNRS de 3,4 milliards d’euros. Ou à l’effort prévu par le gouvernement français dans le domaine de l’intelligence artificielle : 665 millions d’euros, jusqu’à 2022.

Beaucoup de sociétés du numérique avec une présence mondiale payent moins de 10% d’impôts contre 23% en moyenne pour les entreprises européennes. Ainsi, en France, où son chiffre d'affaires est estimé à 60 millions d'euros, Airbnb n'aurait payé que 161 000 euros d'impôts en 2017 grâce à sa pratique de l'optimisation fiscale. Pour cela, Airbnb facturerait ses clients en Irlande et au Royaume-Uni, tandis que la branche française ne serait responsable que du marketing, affichant donc un chiffre d'affaires en décalage avec les bénéfices engendrés par les locations de logements en France. Il s'agit pour l'entreprise de son deuxième marché après les États-Unis. De plus, le Consortium international des journalistes d'investigation, dans le cadre des Paradise Papers, révèle que la société Uber utilise des montages internationaux complexes d'optimisation fiscale, notamment via les Pays-Bas. Ces montages destinés à réduire le montant des taxes payées par Uber respectent les lois fiscales des différents pays où Uber opère.

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