8.1 Construire un réseau

8.1.1 - Pourquoi coopérer et construire un réseau ?

Le travail coopératif est une approche organisationnelle qui met l’accent sur la participation collective pour atteindre des objectifs communs. Plus qu’un simple espace de travail partagé ou un ensemble de tâches à effectuer, il s’agit d’une méthode qui encourage l’interdépendance et la responsabilité partagée entre les coopérateurices.

Pourquoi coopérer ? On pourrait vous dire 1 + 1 = 3, tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin, que la concurrence ce n'est pas bien et que la coopération c'est super... Et vous endormir joliment mais là n'est pas le propos. Et le propos, c’est Laurent Marseault qui vous le propose dans cette courte vidéo :


Dans un cadre coopératif, chaque personne apporte ses compétences et son expertise pour résoudre des problèmes, prendre des décisions et accomplir des tâches de manière efficace et efficiente. Ce modèle de travail ne se limite pas aux entreprises, mais peut être appliqué dans divers contextes, tels que les projets communautaires, les organisations non lucratives, et même dans le domaine académique.

La coopétition

Comme nous l’indique la page Wikipedia dédiée, la coopétition est une collaboration ou une coopération de circonstance ou d'opportunité entre différent⋅es acteurices économiques qui, par ailleurs, sont des concurrent⋅es. Ce mot « coopétition » est un mélange des deux mots : coopération et compétition (concurrence). Il s'agit d'un mot-valise qui emprunte au précepte de Nicolas Machiavel : « Si tu peux tuer ton ennemi, fais-le, sinon fais-t-en un ami ».

La coopétition consiste pour une entreprise à conserver son intégrité tout en partageant certaines de ses ressources avec certains de ses concurrents. Il s’agit d’une stratégie globale, qui permet tout autant des coopérations dans un mode projet, pour remporter un gros contrat ou développer un produit particulièrement complexe, que des coopérations de long terme et multi-niveaux, impliquant de fortes synergies entre les entreprises en coopétition.

Faut-il toujours coopérer ?

Pas forcément... Cela peut dépendre de votre réponse à ces questions (issues de la fiche du même nom sur le site de ressources mutualisées pour coopérer Interpole).



  • Avez-vous du temps ?
    Pour coopérer il faut du temps pour démontrer collectivement le besoin, se connaître, négocier, échanger, partager... Donc si vous devez, avec un groupe qui ne se connaît pas du tout, réaliser un truc pour hier... On vous conseille plutôt d’être bien directif et de préparer proprement le chantier. Par contre, un groupe qui a l'habitude de coopérer (est persuadé de l'intérêt, connaît les modalités et les outils) pourra, sur un temps bref, mobiliser le savoir-faire collectif acquis sur la durée. Donc autant s'habituer à coopérer par temps calme avant de pouvoir mobiliser ces nouveaux pouvoirs acquis par gros temps.

  • Etes-vous prêts à partager le pouvoir ?
    Passer du "je" au "nous" n'est pas forcément évident pour des individus sélectionnés sur leur capacité à exister seul, à penser seul, à décider seul... pour les autres et pour leur bien... pour certains, partager ses pouvoirs, passer d'une logique d'expertise individuelle à celle d'intelligence collective est simplement impossible. Mon expertise me permet d'exister au dessus des autres, de valider leurs faits et gestes, coopérer me fait exister avec les autres, ma fierté s'incarne diluée dans notre production collective. Dans certains groupes et avec certaines personnes, le chantier est quasi psychanalytique avant d'imaginer pouvoir un jour coopérer.

  • Etes-vous prêts à partager vos idées ?
    Si la majorité des composantes de votre groupe n'est pas prête à partager infos, idées, ressources parce que "je ne souhaite pas que mon idée soit utilisée par d'autres", "je ne souhaite pas que mon idée soit modifiée", "je ne souhaite pas que mon idée m'échappe"... Nous vous conseillons de revenir à des fondamentaux et prendre le temps de discuter ratio avantages/inconvénients à faire ensemble, à coopérer, plutôt qu'à ne pas le faire. Et s'iels continuent à vouloir exister seul⋅es, pousser le trait en leur faisant vivre une "petite expérience réversible de solitude".

  • Plus prosaiquement
    Si l'on regarde plus précisément les différents tempos d'un projet, il serait illusoire et pénible de coopérer sur tout et tout le temps. Par contre, clarifier et discuter avec le groupe quelles sont les grandes étapes du projet et comment elles sont gérées permet d'avancer à la mesure du groupe, en instillant un peu plus de coopération lors de certaines phases et un peu moins dans d'autres.



8.1.2 - Avec qui développer des complémentarités ?

Ici, il faut penser à votre écosystème, composé traditionnellement de :

  • vos clients : en l’occurrence, les associations (ce qui est un groupe très large) ;
  • vos fournisseurs : les hébergeurs chez qui vous sous-traitez la dimension datacenter par exemple, ou des développeurs de logiciels libres (gestion, compta) ;
  • vos partenaires : ici, ce sont notamment les autres structures du collectif CHATONS ou des organisations qui promeuvent un numérique éthique et responsable ;
  • vos financeurs : si vous êtes une coopérative, vos sociétaires peuvent être n’importe qui, vos clients, vos fournisseurs, et même des collectivités.


Cet écosystème peut aussi prendre une dimension territoriale. I l est alors essentiel de vous questionner sur votre niveau d’ancrage territorial et de développer des stratégies pour vous inscrire dans le tissu existant.

Activité

  • 1. Réalisez une cartographie de votre écosystème et des synergies que vous pourriez imaginer (en mode remue-méninge) avec chacun⋅e des acteurices de cet écosystème.
  • 2. Postez cette carte sur le forum dédié.
  • 3. Consultez les rendus des autres apprenant⋅es.

8.1.3 - Quelles compétences pour coopérer ?

Il ne suffit pas de vouloir coopérer, pour savoir coopérer ! En revanche, il est indispensable de vouloir réellement coopérer pour donner la moindre chance à la coopération, qui nécessitera alors un certain nombre de compétences.

Ce qui suit est repris du module Compétences collaboratives, de quoi parle-t-on ? de la formation Animacoop.

Intuitivement, on peut toustes se dire que coopérer n’est pas qu’une affaire de savoirs théoriques, mais que cela intègre aussi de nombreux savoir-faire et savoir-être, ceux-là même qu'on peine souvent à identifier mais qui peuvent représenter des compétences à valoriser et/ou à acquérir. Les identifier représente donc un enjeu au niveau individuel et collectif.

Dans ce contexte, la thèse publiée par Elzbieta Sanojca est particulièrement instructive. Prenant comme sujet d’étude la formation Animacoop « Animer un projet collaboratif », avec plus de 200 stagiaires formé⋅es aux pratiques collaboratives entre 2010 et 2014 et quatre terrains professionnels d’observation sur les compétences réinvesties, elle a cherché à nommer les compétences-clés pour « bien » coopérer.


Trois compétences collaboratives « pivots »

A partir de ces travaux, elle a identifié trois « compétences collaboratives pivots ». Une combinaison de ces trois compétences semble corrélée à une mise en œuvre plus riche de la coopération/collaboration.

1/ Avoir « l’esprit collaboratif »
Cette qualité marquerait une prédisposition pour entrer dans la coopération. Cela inclut :

  • avoir un à priori positif vis à vis de la collaboration
  • fonctionner en mode de réciprocité
  • avoir conscience de l’interdépendance vis à vis des autres

2/ Co-concevoir la structure de son projet
Animer un projet collaboratif commence dès la conception. Le fait de co-concevoir la structure de son projet dès le démarrage renforcerait l’engagement et la motivation mutuelle.

3/ Avoir un souci du bien commun
Un projet va générer des productions. Placer ces productions sous le sceau du « commun » indiquerait la maturité d’un groupe à coopérer/collaborer et consoliderait l’engagement à long terme.

Huit compétences « charnières »

En plus de ces 3 compétences collaboratives pivots, la thèse identifie 8 compétences charnières :

  • « avoir de l’humilité et un ego mesuré » (oui oui...),
  • « être bienveillant »,
  • « savoir engager des partenaires »,
  • « animer le groupe pour faciliter le travail »,
  • « être à l’écoute des personnes et des avis »,
  • « développer et maintenir un réseau d’acteurs »,
  • « gérer les informations »,
  • « agir pour atteindre les objectifs communs ».


8.1.4 - Les 3 C de la coopération : convivialité, capacitation, communs

Inspiré du modèle community organising, les 3 C de la coopération sont une théorisation de ce qui est important pour faire vivre un collectif. Merci aux écoloHumanistes d’avoir explicité cette théorie.

L’idée globale derrière chaque C est la suivante :

  • Convivialité : il faut valoriser les relations humaines pour que les gens prennent du plaisir dans le collectif autour de temps de travail réguliers et efficaces.
  • Capacitation : il faut augmenter le pouvoir de chacun pour multiplier le nombre de personnes qui se sentent « capables ».
  • Communs : tout groupe prend corps dans du concret, notamment par des actions communes jusqu’à la création de biens communs : 1 ressource + 1 communauté + 1 gouvernance.


Ce qui n’est pas dis là mais qui est primordial c’est aussi de tester la coopération pas à pas et de ne pas s’attaquer directement à un trop gros enjeu. Il faut obtenir de petites victoires. Ces victoires vont créer du commun, développer la confiance et donc la capacitation de chacun, le tout dans une ambiance conviviale : un beau cercle vertueux !

8.1.5 - Process et outils pour travailler en réseau

La plupart des outils et process présentés ci-après proviennent des formations Animacoop et du site de ressources mutualisées Interpole. Deux mines d’or à ne jamais oublier quand vous abordez les enjeux de coopération.

Quelques process pour coopérer

Quelques outils pour coopérer
Rappelons d’abord que l'outil collaboratif idéal... n'existe pas ! et qu’il est nécessaire de Déconstruire l'outil idéal pour aller vers des outils adaptés-adaptables.

En tant que spécialiste des outils numériques, nous imaginons que vous connaissez de nombreux outils adaptés à la coopération. Mais nous vous rappelons ici que l’outil libre YesWiki a été conçu pour faciliter la coopération ouverte.


Pour aller plus loin :



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